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30.05.2008
L’ambiance est saine avec Kevin
L’année passée, à la même époque, j’étais au Japon pour y disputer la tournée internationale de keirin. Elle a été programmée cette année aux mois de septembre et d'octobre. Je n’ai pas de nouvelles des organisateurs, je ne sais pas si je suis invité cette saison. On verra bien. Ils attendent peut-être les Jeux pour formuler leurs invitations, qui sait ? Sinon, ma semaine s’est bien passée. On est rentré dimanche de Commercy et la journée suivante a été consacrée au repos. La semaine a été plus courte que les autres. Nous avons fait deux séances de musculation, et des séances sur la piste. Ces séances, je les fais en compagnie de Kevin Sireau, qui est un adversaire, mais aussi mon compagnon d’entraînement.
On est adversaire, en effet, lorsque nous abordons un Championnat du Monde, ou les Jeux Olympiques. On va faire tous les deux le tournoi de vitesse à Pékin, et on sait que nous avons des chances de nous rencontrer au cours de cette compétition. On ne se fera pas le moindre cadeau si cela arrive. C’est la loi du sport, sur le vélo plus rien ne compte, c’est du chacun pour soi. Il veut gagner, je le veux moi aussi. Passé ce contexte de la course, l’ambiance est bonne entre nous, saine, même si nous avons fait à Manchester deuxième et troisième des championnats du monde de vitesse individuelle. Ce sera vraiment la "guerre" entre nous aux Jeux, mais c’est comme cela. On connait les règles l’un et l’autre.
Sa situation est différente de la mienne quand je suis arrivé au Pôle France de Hyères. Il y avait beaucoup de sprinteurs expérimentés dans le groupe, et moi j’étais le seul "jeune". Aujourd’hui la situation s’est inversée, il n’y a que des coureurs qui ont quasiment l’âge de Kevin, et moi à 28 ans seulement je fais figure d’"ancien". Je pense que c’est plus facile pour lui que cela a pu l’être parfois pour moi. Il est plus aisé de rentrer dans un groupe comme cela, avec une majorité de personnes de son âge. Beaucoup de choses ont changé aussi, l’entraîneur n’est plus le même. Rien n’est comparable. On ne se voit pas avec Kevin en dehors des compétitions, car on partage déjà les entraînements, les compétitions, on fait aussi, parfois, chambre commune. Et le soir à l’hôtel, on parle de motos, de sujets que l’on apprécie tous les deux. C’est plus agréable de fonctionner de la sorte, plutôt que de ne rien se dire, d’être l’un et l’autre dans notre coin. On fait la part des choses, Kevin et moi. On a une relation normale.
Pour ma part, j’ai des souvenirs de Laurent Gané qui ne sont pas les mêmes. Laurent c’était la compétition tout le temps, même en dehors des courses. C’était parfois un peu lourd. Moi, je réagis différemment par rapport à Kevin. Attention aussi, j’ai appris beaucoup de choses au contact de Laurent Gané, comme la rigueur, le sérieux, le professionnalisme à l’entraînement et en compétition. Mais Laurent c’était un caractère fort, dur, et face à moi qui avait 20-21 ans, et qui avait aussi mon caractère, quand on était en chambre ensemble, cela n’était pas toujours évident.
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26.05.2008
Je suis dans l'allure
La reprise s'est bien passée. On a pu courir à Commercy. La météo était pourtant menaçante. Des orages et de la pluie étaient annoncés. Il a finalement plu une seule fois au cours de la journée. La piste a séché et on a pu disputer toutes les compétitions qui étaient programmées. Le vélodrome n'était pas homogène au niveau de son revêtement. Il y avait une différence entre le couloir des sprinteurs et la partie qui se situait au-dessus de la ligne bleue. C'était beaucoup plus inégal à cet endroit et cela sautait pas mal. On a couru avec des pneus. C'était un choix de la part de la FFC, avec des rayons pour éviter les risques de crevaisons et de chutes à quelques semaines de l'échéance Olympique. On a fait un très bon entraînement avec un deux cents mètres lancés, des matches de vitesse et du keirin.
Je me classe cinquième de la vitesse. Je perds en quarts de finale contre Arnaud Tournant. Je n'ai pas très bien couru tactiquement et physiquement aussi j'étais bien "entamé". Je fais auparavant deuxième du deux cents mètres lancés. On fait beaucoup de musculation à l'entraînement en ce moment, les séances sont intenses. Il faut en passer par là mais sur les compétitions, les sensations font un peu défaut. C'est normal et je préfère être comme cela maintenant, et arriver en forme en Chine. Comme beaucoup de sprinteurs de l'équipe de France, mes objectifs ne sont pas en ce mois de mai. On a encore du temps devant nous pour affiner notre condition.
Je termine aussi deuxième du keirin. C'est la preuve que je suis dans les temps. C'est aussi dur de se mettre dedans sur les compétitions qui arrivent car Pékin absorbe notre esprit. C'est dur d'être à 100%. Je reste néanmoins deuxième du classement général du Trophée Fenioux après deux manches disputées. Je suis dans l'allure, c'est bien et appréciable car je ne suis actuellement pas à 100% de mes capacités.
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22.05.2008
Un tremplin pour les jeunes
On va reprendre la compétition ce week-end. Nous allons disputer la deuxième manche du Trophée Fenioux, à Commercy en Lorraine. Je ne connais pas trop la piste, et cela m’inquiète un peu. La météo n’est pas annoncée superbe pour cette fin de semaine dans cette région de France, mais les organisateurs d’épreuves sur piste ne sont pas aussi nombreux que cela dans notre pays, donc quand ceux qui nous aident mettent sur pied des compétitions, nous nous devons de les honorer de notre présence. On va être confronté à l’occasion de cette compétition aux sprinteurs de l’INSEP que nous n’avons plus vu depuis les Championnats du Monde de Manchester. Ce sera intéressant d’être opposé de nouveau à eux lors de cette épreuve. Ce n’est pas course majeure du calendrier, mais elle a quand même une grande importance. C’est plus qu’un entraînement amélioré.
Nous aurons au programme un deux cents mètres lancés, de la vitesse et du keirin. La vitesse sur les premiers tours se dispute à trois. Cela n’a rien à voir avec les autres compétitions sur lesquelles nous sommes deux pour disputer ces sprints. Une vitesse à trois ce n’est pas plus difficile, mais cela demande davantage de vigilance. Les sprints sont également plus longs, et partent en règle générale de plus loin. On dispute aussi des matches à trois lors du Grand Prix de Saint Denis, mais là-bas c’est sur toute la durée du tournoi, alors qu’au Trophée Fenioux les matches au stade des quarts de finale se font à deux. L’autre particularité du Fenioux, c’est que les épreuves de vitesse se gagnent en une manche sèche. Y compris la finale. Courir en deux manches cela serait trop long, difficile aussi d’enchaîner après avec du keirin.
Le Trophée Fenioux est une épreuve qui a permis de faire progresser le niveau du sprint en France. Je me rappelle que lorsque je suis arrivé en 1998 au Pôle France de Hyères, cette épreuve pour un jeune coureur comme moi était très très importante. C’était le moyen de se faire connaître, d’obtenir ses premiers résultats. C’est un tremplin idéal pour les jeunes, aujourd’hui encore, je pense. Il faut montrer que l’on a le niveau sur ces courses, y enregistrer quelques résultats si un jour on veut espérer disputer les championnats du Monde. Christian Fenioux d’ailleurs est un personnage que nous devons remercier car cela fait des années qu’il aide la piste, les sprinteurs. On manque de compétitions de qualité en France, mais lui, chaque saison, permet rassembler les deux Pôles, Hyères et l’INSEP, sur au moins trois rendez-vous fixes dans la saison. C'est très important pour nous.
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18.05.2008
Je fais attention à l’environnement
La semaine n’a pas été folichonne question météo, même dans le Sud. Il a plu mais on a pu rouler tout de même sur la piste puisqu’elle est désormais couverte. Mais ce n’est pas agréable car il fait froid et humide. Quand la piste n’était pas couverte, on ne pouvait pas rouler dessus par temps maussade et donc par temps de pluie. Alors on prenait les Cateye. On se sert de ces instruments en hiver désormais. C’est toujours mieux de faire des efforts au chaud quand la température extérieure est basse. Le cateye est une forme améliorée de home-trainer. On fixe la roue arrière sur un rouleau, la roue avant est accrochée dans une sorte de fourche fixe. Il y a un compteur et une molette pour augmenter ou baisser la force de résistance. Cet engin a un avantage, il est assez solide pour supporter les sprints.
Pour en revenir aux entraînements, actuellement, nous faisons des efforts longs avec davantage de braquet. On va laisser tomber la vélocité pour travailler la force avec des séances de musculation de plus en plus lourdes.
J’ai vu aussi comme tout le monde cette semaine ce qui s’est passé en Chine avec ce terrible et très meurtrier tremblement de terre. Il y a beaucoup de catastrophes naturelles ces derniers temps : la Chine donc, mais aussi la Birmanie. Est-ce la conséquence de tout ce qu’inflige l’homme à la terre ? Je ne sais pas. Je m’interroge. Moi, je trouve en tout cas dommage de mettre la planète en l’air comme le fait l’Homme. J’ai vu récemment un reportage de Yann-Arthus Bertrand à la télé. Il a montré, images à l’appui, ce que l’humanité faisait comme dégâts sur la nature et sur les animaux. Cela fait froid dans le dos, peur aussi. Maintenant, est-ce que j’ai peur qu’il y ait des tremblements de terre quand nous serons en Chine pour les Jeux ? Non. Je ne pense pas à cela. On ne peut pas avoir peur de tout sinon, de toute manière, on n’avance plus. On ne sort plus de chez soi !
Question écologie toujours, à mon niveau, je fais en tout cas attention. Quand je vais rouler sur la route, je ne jette pas par terre mes papiers de pâtes de fruits ou de barres de céréales. Je les mets dans ma poche et c’est une fois arrivé à la maison que je les jette à la poubelle. Il n’y a rien de tel qui me met hors de moi que de voir des gens jeter des papiers sur la chaussée ou encore balancer cela allègrement d’une portière de voiture. Ceux qui jettent aussi de la portière de leur voiture leurs mégots de cigarette en plein été, alors que l’on sait que cela peut-être à l’origine de départ de feux, m’indignent. Mettre tout cela dans sa voiture n’est pas un geste difficile à accomplir et peut permettre à chacun de participer, à son niveau, à ce que notre planète reste “verte” et non polluée.
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12.05.2008
Pas de jours fériés
Les jours fériés, cela n'existe pas pour les coureurs. Nous sommes allés nous entrainer le 1er mai, rouler aussi le 8 mai et le lundi de pentecôte. Le 1er mai, on a fait des séances de vélocité : ce sont des sprints de dix secondes avec un petit braquet. On met 46x15. C'est pour faire tourner les jambes le plus vite possible. On a aussi roulé sur la piste le 8 mai, la séance du jour prévoyait des sprints derrière moto. Cela permet de faire un entraînement pas trop difficile tout en faisant des sprints avec une bonne vitesse de jambes. On bosse bien en effectuant ce genre d'exercices sans dépenser une énergie trop importante. C'est également bien pour la coordination du mouvement. Ce type de séances est généralement placé en milieu de semaine.
On roule tous les jours en fait. On ne connait pas les jours fériés. Nos entrainements sont planifiés du lundi au samedi, avec un jour de repos dans la semaine, le dimanche. Si on prenait le jeudi comme jour de repos, cela décalerait tout l'entrainement, ce qui ne serait pas bon. Pas idéal du tout. C'est pour cela que les choses restent en l'état, et tant pis pour les jours fériés. Il y en aura d'autres, plus tard.
Personnellement, je trouve que les sensations commencent à revenir. Il fait beau sur Hyères : on roule parfois l'après-midi sous des températures de 25°. On est en manches courtes, cuissard court. C'est plus sympa qu'en hiver. Quand un cycliste parle de bonnes sensations, cela veut dire généralement que l'on retrouve la fluidité du pédalage, de la force, que cela tourne quasiment tout seul, pour simplifier les choses. Ces bonnes sensations arrivent généralement quelques semaines avant les grandes échéances que l'on s'est fixées. Là, actuellement, on fait encore des séances de musculations et sur le vélo ce n'est pas toujours agréable, mais il faut en passer par là pour atteindre le pic de forme attendu. Pour être bien le jour "J". On fait de la presse, en musculation, depuis pas mal d'années à Hyères. Je fais pour ma part des séries de six à huit répétitions avec quatre cents kilos de poids. Je ne suis pas le plus fort du groupe, car ceux qui poussent le plus de fonte, sont à 100, voire même 150 kilos au-dessus de moi. Ce travail est fait pour nous permettre d'acquérir de la force. On passera ensuite à des séries plus courtes en triplé pour travailler dans quelques semaines, la force pure.
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02.05.2008
On a fait des portraits chinois
Cette semaine, je suis allé à Paris, au CNOSF, pour la cérémonie “J-100” des Jeux Olympiques de Pékin. C’était assez sympa. On a pu vivre le passage de témoins entre les porte-drapeaux français, Jackson Richardson et Tony Estanguet. Ce qui m’a interpelé, c’est qu’il n’y avait pas beaucoup d’athlètes lors de cette manifestation, il manquait notamment tous les nageurs par exemple. Je ne connais pas personnellement Tony Estanguet et je n’ai pas pu lui parler à Paris, mais c’est un athlète que je respecte beaucoup. C’est en tout cas un bon choix que de l’avoir choisi comme porte-drapeau pour la France. Il symbolise l’Olympisme. Il a déjà deux victoires à son palmarès lors de cette épreuve, à Sydney et à Athènes, et concourt cette année pour un troisième succès Olympique. Il véhicule de bonnes valeurs pour son sport, appartient à une discipline qui n’est pas très reconnue mais il fait passer des messages pour son sport. C’est bien.
J’ai aussi parlé avec Anne-Caroline Chausson dans la capitale. Elle m’a demandé comment se passaient les Jeux. Elle possède un superbe palmarès en VTT mais les Jeux, c’est tout nouveau pour elle. En plus, elle va les découvrir sans doute avec le BMX. Elle semblait en tout cas super contente de pouvoir aller à Pékin.
Cette journée “J-100” a été vraiment sympa car on a aussi pu voir les différents médias. Ils nous ont fait faire quelques enregistrements en amont des JO. Les questions des journalistes étaient un peu différentes de ce qu’ils nous posent d’ordinaire, elles étaient plus décalées. On a eu droit à des portraits “Chinois” avec France Télévisions notamment. C’était pareil pour Canal +, avec des petites biographies de chaque athlète, la présentation de notre sport, nos objectifs et ce que représentent les Jeux pour nous.
C’était vraiment le point de départ de cette épreuve d’un point de vue médiatique. Mais pour les athlètes, ce n’est pas le cas. Pour moi par exemple, cette épreuve je l’ai en tête depuis les Championnats du Monde de Manchester. Je suis dedans à 100% en terme d’entraînement et de préparation. Une compétition pour laquelle nous avons aussi découvert notre “paquetage” JO 2008. On nous présenté nos tenues de sport, nos tenues pour le village Olympique. On sent vraiment que les Jeux se rapprochent à grands pas. Le survêtement est blanc, nous avons beaucoup de tee-shirts, de polos, de shorts et de pantalons. On sent que l'on a vraiment fait un pas de plus en direction de cet évènement.
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